À propos de l’amylose
La maladie
Un guide approfondi sur ce qu’est l’amylose, comment elle se forme, quels organes elle touche et comment elle se traite, écrit pour les patients, les familles et les professionnels de santé.
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Qu’est-ce que l’amylose ?
Une maladie du repliement des protéines
L’amylose désigne un groupe de maladies dans lesquelles certaines protéines se replient mal et s’accumulent dans les tissus et les organes. Ces protéines mal repliées forment des fibrilles insolubles, appelées fibrilles amyloïdes, qui perturbent la structure et le fonctionnement normaux des organes.
Le processus commence à l’échelle moléculaire : une protéine normalement inoffensive devient instable, change de forme et commence à s’agréger en structures fibreuses torsadées que l’organisme a du mal à éliminer.
Dépôts dans les organes
Une fois formées, les fibrilles amyloïdes se déposent dans la matrice extracellulaire des organes, comblant en quelque sorte les espaces entre les cellules. À mesure que les dépôts s’accumulent, ils rigidifient progressivement les tissus et altèrent les fonctions électriques, mécaniques ou de filtration de l’organe touché.
Le cœur devient rigide et ne peut plus se remplir normalement ; les reins ne parviennent plus à retenir les protéines ; les nerfs ne transmettent plus les signaux. L’éventail des organes touchés et la gravité de l’atteinte varient beaucoup selon le sous-type d’amylose.

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Comprendre les dépôts amyloïdes
Contrairement à la plupart des protéines, qui sont éliminées des tissus lorsqu’elles sont endommagées, les fibrilles amyloïdes résistent fortement aux systèmes normaux de dégradation des protéines. Elles s’accumulent progressivement, et leurs effets s’additionnent avec le temps.
Le diagnostic nécessite généralement une biopsie avec coloration au rouge Congo : les dépôts amyloïdes présentent en lumière polarisée une biréfringence vert pomme caractéristique, l’une des images les plus spécifiques de l’anatomopathologie.
Repère clinique
Les fibrilles amyloïdes peuvent se déposer dans pratiquement n’importe quel organe ou tissu. Leur répartition, les organes les plus touchés et dans quelle mesure, dépend étroitement du sous-type et détermine à la fois la présentation clinique et la stratégie de traitement.
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Comment se forme la substance amyloïde
Un aperçu, étape par étape, du mécanisme moléculaire qui mène de la production normale d’une protéine à l’atteinte des tissus.
Étape 01
Une protéine normale
L’organisme produit une protéine précurseur normale (transthyrétine, chaînes légères, SAA ou autres) dans le cadre de processus biologiques ordinaires.
Étape 02
Le mauvais repliement
Sous l’effet d’une mutation génétique, d’une surproduction, du vieillissement ou d’une inflammation chronique, la protéine devient structurellement instable et se replie mal.
Étape 03
Les fibrilles amyloïdes
Les protéines mal repliées s’agrègent et s’assemblent d’elles-mêmes en structures fibrillaires insolubles en feuillets β, qui résistent à la dégradation enzymatique.
Étape 04
L’atteinte des organes
Les fibrilles se déposent dans la matrice extracellulaire des organes, déplacent le tissu normal, rigidifient sa structure et altèrent progressivement son fonctionnement.
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De la protéine à l’atteinte des organes
Le chemin entre une protéine mal repliée et un diagnostic qui bouleverse une vie peut prendre des années, voire des décennies. Les symptômes sont insidieux et peu spécifiques, souvent attribués au vieillissement ou à des maladies plus fréquentes, ce qui entraîne un délai de diagnostic de plus de quatre ans en moyenne après les premiers symptômes.
Comprendre les mécanismes de l’atteinte des organes (cardiomyopathie, syndrome néphrotique, neuropathie périphérique) est indispensable pour reconnaître la maladie tôt et commencer un traitement avant que les lésions ne deviennent irréversibles.
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Symptômes et organes touchés
Une carte simple du corps pour aider les patients et les professionnels de santé à relier les signes d’alerte aux organes touchés par l’amylose. Survolez chaque point pour en savoir plus.
Dépôts dans le vitré
Corps flottants, troubles visuels passagers et opacités du vitré dus à l’accumulation de protéine amyloïde dans l’œil.
Protéinurie et œdèmes
Des protéines qui passent dans les urines, une fonction rénale diminuée et un gonflement progressif des membres inférieurs dû au syndrome néphrotique.
Organomégalie
Une augmentation de volume du foie ou de la rate, qui provoque une sensation de plénitude, une satiété précoce et un bilan hépatique anormal : un signe précoce fréquent dans l’amylose AL.
Les fibrilles amyloïdes se déposent dans l’humeur vitrée, provoquant des « corps flottants » caractéristiques, puis une baisse de la vision. L’amylose du vitré est un signe distinctif de l’amylose ATTR héréditaire.
L’amylose cardiaque provoque un épaississement des parois des ventricules, une cardiomyopathie restrictive et des troubles de la conduction, qui se manifestent par un essoufflement, des œdèmes et des troubles du rythme.
La substance amyloïde infiltre le tissu du foie et de la rate, provoquant une hépatomégalie, une élévation des phosphatases alcalines et une satiété précoce. L’atteinte du foie est la plus fréquente dans l’amylose AL.
Les dépôts amyloïdes dans les glomérules rénaux altèrent la barrière de filtration, provoquant une protéinurie importante, un syndrome néphrotique et une insuffisance rénale progressive, surtout dans les amyloses AL et AA.
Les fibrilles amyloïdes compriment et infiltrent les nerfs périphériques, provoquant une neuropathie sensitivomotrice progressive : engourdissements, fourmillements et faiblesse qui commencent à l’extrémité des mains et des pieds.
Les œdèmes des chevilles et des membres inférieurs résultent d’une insuffisance cardiaque, d’un syndrome néphrotique, ou des deux. Des œdèmes bilatéraux prenant le godet et s’aggravant au fil de la journée sont un signe clé qui doit faire rechercher une amylose.
Survolez les points pour en savoir plus
Cardiomyopathie
Essoufflement, gonflement des chevilles et troubles du rythme dus à une cardiomyopathie restrictive, causée par l’infiltration amyloïde des parois des ventricules.
Neuropathie sensitivomotrice
Fourmillements, engourdissements et perte de sensibilité qui commencent dans les membres inférieurs et remontent, souvent pris à tort pour une neuropathie diabétique ou idiopathique.
Œdèmes bilatéraux
Un gonflement progressif des deux chevilles, souvent disproportionné par rapport aux atteintes cardiaque ou rénale, qui traduit une atteinte multisystémique et une rétention d’eau.
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La diversité de l’amylose
Plus de 40 protéines précurseurs humaines sont connues pour former des dépôts amyloïdes, chacune donnant son propre sous-type, avec une présentation clinique, des organes cibles, un contexte génétique et un parcours de traitement distincts.

La protéine amyloïde
La protéine précurseur définit le sous-type d’amylose. Les plus fréquentes sont : les chaînes légères d’immunoglobulines (AL), la transthyrétine (ATTR), la protéine amyloïde A sérique (AA), et un ensemble de variants héréditaires, dont l’apolipoprotéine A-I, la gelsoline, le lysozyme et la chaîne alpha du fibrinogène.
Organes touchés
Le tropisme pour les organes dépend du type de protéine amyloïde. L’amylose AL touche généralement le cœur, les reins, le foie, les nerfs et les tissus mous. L’amylose ATTR a une affinité particulière pour le cœur et le système nerveux périphérique. L’amylose AA cible presque exclusivement les reins. Les sous-types héréditaires varient selon la mutation du gène.
Les différents types
L’amylose peut être systémique (atteinte étendue des organes) ou localisée (limitée à un seul tissu, comme les voies respiratoires, la vessie ou la peau). Les formes systémiques se divisent à leur tour en formes acquises (AL, AA) et héréditaires (ATTRv, ApoA-I, gelsoline…), chacune avec son mode de transmission et sa stratégie de prise en charge.
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Traiter l’amylose
Le traitement dépend du type d’amylose. Il peut viser à réduire la production de la protéine précurseur, à stabiliser la protéine, à soutenir les organes touchés et à soulager les symptômes.
Les traitements de fond
Des thérapies qui ciblent la source de la substance amyloïde : chimiothérapie pour l’amylose AL (suppression des plasmocytes), stabilisateurs de la TTR et silenceurs de gène pour l’amylose ATTR, anti-inflammatoires pour l’amylose AA, dans le but d’arrêter la formation de nouveaux dépôts.
Les traitements de support
La prise en charge des complications propres à chaque organe : diurétiques et antiarythmiques pour l’amylose cardiaque, inhibiteurs de l’enzyme de conversion pour protéger les reins, traitement de la douleur et kinésithérapie pour la neuropathie périphérique.
Le suivi au long cours
Une surveillance régulière par des biomarqueurs (NT-proBNP, troponine, créatinine), de l’imagerie et une évaluation de la qualité de vie, pour suivre la réponse au traitement, détecter tôt une rechute et adapter le traitement à l’évolution de la maladie.

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Vivre avec un diagnostic rare
Recevoir un diagnostic d’amylose bouleverse une vie. La rareté de la maladie fait que de nombreux patients se sentent isolés, incompris et inquiets pour l’avenir. Se préparer, créer des liens et accéder aux bonnes informations font une profonde différence.
Connaître votre type
Le sous-type d’amylose détermine votre pronostic, votre traitement et le risque pour les membres de votre famille. Confirmer la protéine exacte en cause (par des analyses de sang, une analyse génétique et le typage de la biopsie) est la première étape essentielle.
Préparer vos questions
Utilisez notre toolkit pour les patients afin de structurer vos échanges avec votre équipe spécialisée : quel traitement est recommandé, quels en sont les objectifs, comment l’évolution sera suivie, et quels services de soutien existent près de chez vous.